L'allégorie du munster
Date : 02/06/09
Lien : http://www.ert.be/home.aspx (un lobby européen dont les programmes sont très instructifs)
Chers mécréants, païens et autre infidèles
Le sermon hebdromadaire (à une bosse) du C.H.I.C.H.O.N. (Communication Harmonieuse Incorporated Copyrught House of Nico) portera aujourd'hui sur la poésie de la vraie foi, celle envers le fer à repasser cosmique, appelé communément Notre Soleil.
Chers étudiants,
Depuis la semaine dernière, vous savez que l'acrobatie linguale (la communication politique) constitue la meilleure voie pour le développement de l'éponge molle placée entre vos deux oreilles. Ce que vous subodoriez, en constatant amèrement la pauvreté linguistique, humoristique, saut à l'élastique, de vos proches, est maintenant avéré : vous avez été élu par le divin créateur de ce monde si joli, plein de bons sentiments, de fanatiques, de terroristes et de Ségolène R., pour porter la bonne parole.
Cependant je dis cependant ! Car en effet, cependant, avoir en vous la force d'ébaucher (comme Raphaël pour ceux qui ont des lettres) des communiqués ne fait pas de vous des poètes. Or, communiquer sans poésie c'est comme vouloir affirmer mettre des portiques de détection dans les écoles : c'est pauvre, à la limite du pathétique et surtout tellement prévisible de nos jours que ça en devient rasoir.
Par exemple, sur une tribune du merveilleux site gouvernemental (le blog du premier commis), un haut dignitaire d'icelui (le premier commis himself) nous a parlé longuement de « sciences et société » dans un style culturellement irréprochable mais avec un manque de poésie qui entraîna la remarque suivante d'un des spectateurs : ronfllllll !! zzzzzz !!! ronflllll !!!
Drame, effondrement ludique, catastrophe diplomatique. Car le manque de poésie donne au message un caractère intestinal, qui le rend apte à être expulsé illico sans retenue de sa teneur informative et prosélyte.
Il faut donc être poète (poète diront les humoristes) afin de s'assurer que la vraie foi en Notre Soleil se propage au sein de nos communications avec les pig… électeurs. Car n'oublions pas notre but : faire élire des représentants du Parti Unique et Merveilleux à Bruxelles afin que l’on puisse faire comme avant même si on déclare vouloir la rupture. Car notre crédo, notre légo, notre réchaud, notre Dogme est évidemment celui-ci : Gagner grâce au Verbe (et non pas Gerber grâce au Vagne, ce qui n'aurait rigoureusement aucun sens).
Et notre mission est bénie (sissi comme dirait l'impératrice) car le simple parcours des programmes des différents partis montre bien que d'excellents tacticiens, de fiers diplomates, de brillants stratèges, ont des qualités de communication inversement proportionnelles à leurs talents politiques.
Les mécréants me diront que ce n'est pas grave « pasque si moi gagner moi content ». Certes, mais est-ce là le seul but de leur vie ? Est-ce à leur capacité à menacer qu'ils feront confiance lors des choix du peuple ? NON, NON, chers abonnés, il ne le faut pas ! Car ils vieilliront un jour ! Et leurs neurones, ralentis par l'âge, ne pourront plus les aider à conquérir leurs mairies ou leurs sièges. Et ils finiront seuls, enchaînés à leurs pc, à parcourir tristement les forums des stations de radio, pour ratiociner et déballer sans fin leur opinion que personne ne lira...
Heureusement nous sommes là, et pour pas cher, nous pouvons les sauver ! Car c'est notre mission !
Mais pour cela, ne nous contentons pas d'être communiquant. Le fier spin doctor ne peut s'en remettre à ces faiseurs de promesses, ces marchands du Temple, qui ne vendent que du vent et se constituent des comptes en banque pharaoniques en bernant les crét.., les crédules. D'ailleurs, qui pourrait faire mieux que celui qui nous guide ? En annonçant au monde qu’il faut « travailler plus pour gagner plus » par exemple, Il nous autorise aujourd'hui à être droit dans nos bottes dans n'importe quelle situation car, in fine, ce sera la faute à la Crise si ce que nous annonçions ne se réalise point. Mais ne nous égarons pas non plus, car nous devons faire triompher la foi et pour cela, nous devons, non pas vaincre les cons, mais convaincre !
Mais diantre, frère supérieur, me direz-vous, comment poétiser lorsqu'il s'agit de convaincre un Angoumoisin de voter afin de nous permettre de faire ce que l’on veut, y compris pour le diamètre des andouilles ou le poids des petits pois récoltés en Pologne du sud ? Comment faire comprendre à un mécréant (un bakounino-trostkyste-égorgeur-des-libertés-de-commercer-tranquillement) que nos 25% d’intentions de vote sont peu dans la patte du Nestor Souriant et qu'il nous en faut plus, sans qu'il se doute que nous visons le pouvoir absolu, seul signe évident que la foi en Notre Soleil progresse (de phoque) ?
Je vous remercie de m'avoir inspiré cette question, et je vous répondrai par une parabole (en disant cela, je signale au passage aux simples d'esprit que je ne parle pas de télé).
La politique est affaire de poésie comme le munster est affaire de cumin. Sans cet ingrédient délicat, au parfum particulier, le premier reste un fromage qui agresse la narine, qui rend délicates les approches subtiles en vue de l'accouplement, le commercial pauvre, le client suicidaire et fait prendre le risque au gourmet un refus définitif d'assimilation par le foie, ce qui provoquerait subséquemment un renvoi d'ascenseur spastique et douloureux (surtout si la narine est visitée). Avec du cumin cependant, le munster fait naître en bouche des arômes suaves et caressants, provoquant une ivresse des sens entraînant le consommateur vers des himalayas onanistes qui lui font oublier les désagréments ci-dessus évoqués, ce qui fait qu'il peut courir à sa ruine sans s'en apercevoir.
Vous l'avez compris, votre électeur est ce consommateur de munster, votre communication envers lui est le munster et le cumin est la poésie dont vous devrez faire preuve si vous voulez arriver à vos fins.
Et pour celui qui voudrait souligner que parabole et métaphore sont deux choses différentes, je dirai que le spin doctor c'est moi et que ma copine Michelle A-M est disponible et affutée s'il veut disposer d'un endroit calme où il pourra réfléchir. En plus, grâce à elle, il disposera à jamais des aérations qui lui manquaient au niveau du cerveau, après un petit séjour en garde à vue, handicap qui l'a sans doute poussé à adopter ce comportement hérétique.
Mais revenons à la poésie :
Par exemple, au lieu de dire :
« Les jeunes de banlieue sont tous des voyous qu’on va karchériser »
Dites plutôt :
« La sécurité des citoyens doit être assurée partout car c’est là une mission de la République ! C’est notre mission et, tel Charles Martel, nous arrêterons les envahisseurs, la mèche bien peignée et la conscience nette, n’en déplaise aux tenants d’un laxisme qui nous a mené au bord de l’abîme »
De même, ne dites pas :
« Tout individu accusé d’un acte répréhensible doit être appréhendé par la Police, même s’il a 6 ans »
Mais dites :
« La quiétude des écoles ne saurait être troublée par d'intempestives incivilités de jeunes enfants trop énergiques. Considérant que c'est aussi votre souhait, cher peuple de France, le Nabab Sacré a tenu à garantir une Education apaisée dans un milieu apaisé, en demandant à nos fiers représentants de l’ordre de ne pas se laisser émouvoir par le jeune âge de certains délinquants. Au contraire, en administrant une leçon légère, mais marquante, à ces jeunes esprits, le Nirvanesque Saumon est persuadé qu’ils sauront s’en souvenir afin de ne pas réitérer, à l’avenir, pareil conduite dommageable pour la tranquillité des autres »
Et ainsi de suite.
Car nul n'est à l'abri d'avoir pour électeur, un homme dont le potentiel politique est aussi petit que sa surface de front, ce qui le pousse immanquablement à répondre à l'agression verbale par un comportement en rapport, l’amenant à persévérer dans un comportement déviant (voter pour les laxo-socialistes par exemple), ce qui pourrait provoquer un jour une horrible alternance, sujet des angoisses des bons français.
Voilà, chers étudiants propagateurs de la vraie foi dans le Nénuphar Sacré, gardez bien à l'esprit ce sermon : soyez poètes, courtois et révérents. Alors, vous entrerez dans les annales (pour les simples d'esprit, je ne parle pas de trous du cul).
Et, avant de vous quitter, je vous livre le proverbe que vous pourrez méditer dans la solitude des isoloirs :
« Une masse de perturbateurs espère une paye de cours, les pauvres ».
Allez en (contre) paix.
