L'art délicat de la discrétion
Date : 23/05/09
Lien : http://www.marianne2.fr/Gandrange-attend-toujours-le-retour-de-Sarko_a85525.html
Les représentants de la Task Force « Communication Harmonieuse Internationale Copyright House Of Nico » (ou C.H.I.C.H.O.N.), viennent de prendre le pouvoir sur ce blog, afin de vous délivrer la bonne parole, celle qui est optimiste, réaliste, idéaliste et, accessoirement, présidentialiste.
Mais avant de vous délivrer nos messages censés (omme dans arti ommuniste), laissez-nous nous présenter.
Nous avons été créés par le Nabab Sacré afin de le conseiller en matière de bonne parole, ou plus exactement en matière de « comment faire passer les pilules chez un patient qui a déjà tout avalé ». Constituée d’éminents spécialistes du sermon - tous formés chez les jésuites, confrérie admirable, pouvant expliciter avec facilité pourquoi la transsubstantiation n’est pas discutable, que l’on parle du divin et du pain ou du beurre et de la vaseline – cette Task Force est ce qui se fait de mieux dans l’univers. Nul chef d’Etat n’en possède de pareil, et si notre ami Sylvio B., le transalpin libidineux en avait une, il est certain qu’aujourd’hui, le divorce ne constituerait pas une option pour sa future ex-épouse.
Mais commençons par le commencement, comme disent les traditionnalistes, et présentons ici ce qui fait notre force : notre capacité à présenter un message systématiquement du bon coté (celui des photographes).
Cela demande une certaine capacité à manier la langue, puisqu’il n’est pas question ici de bêtement mentir, de voir la vérité par le bon bout de la lorgnette. En vérité nous vous le disons, nous sommes de vrais acrobates. D’ailleurs, nous avons appelé notre Art, « l’acrobatie linguale ».
Et c’est là l’objet de ce premier sermon, à vos yeux ébahis, offert : « Acrobatie linguale et libération de l’âme » :
Chers étudiants,
Le corpus philosophique autrefois nommé "acrobatie linguale" mais que l’on requalifie aujourd’hui de "Marketing politique" est l’un des plus importants pour le développement cérébral puisqu’il associe gymnastique du neurone et création de synapses vers les aires, ô combien importantes, de la « ouinning attitude » et de la subtilité du corps mou appelé cerveau.
Certes, "acrobatie linguale" peut avoir une connotation kamasoutresque mais tel n’est pas ici notre propos. Le "Marketing politique" a une dimension salvatrice puisqu’il soigne le stress, l’angoisse et, plus généralement, les tensions accompagnant souvent le chef de parti, surtout lorsqu’il est jeune. En effet, il est prouvé que la réaction face à un Sondage déficient est inversement proportionnelle, lorsqu’on la mesure en sécrétion d'acide gastrique, à l’âge de celui qui se voit malaimé. Or l’acide gastrique donne le teint jaune, couleur incompatible avec la « ouinning attitude », celle qui doit être obligatoirement développée par qui veut gagner des mill… élections.
Est-ce à dire que le jeune élu réagit plus mal que le vieil élu ? Que nenni, comme disent les eunuques, que nenni, chers étudiants. Simplement là où le notable ayant dépassé la trentaine acnéique envisagera les mauvais sondages comme un argument pour bouger le cul de ces bons à rien formant son entourage, ce qui lui permettra au passage de sélectionner les courtisans méritants, le jeune chef réagit beaucoup plus mal. Il aura tendance à rêver à des décapitations en place publique, à des utilisations du knout que la morale réprouve et à des mutations à Strasbourg sous couvert d’élections européennes propices à évacuer les importun(e)s de son champ de vision. Et il s’enfoncera dans sa colère solitaire, telle la chenille sous LSD qui croît qu’elle deviendra un beau et grand papillon tropical alors qu’elle n’est que l’avant goût d’un bombyx, dont le nom ridicule renforce le caractère grossier de sa future apparence cauchemardesque.
Le marketing politique s’efforce donc de magnifier le discours du chef, surtout quand il est jeune et inexpérimenté, voire petit (ce qui les rend généralement agressifs), afin de lui éviter une retraite loin des feux de l’actualité, des photographes, des courtisans, des peoples, des bons amis de circonstance, des traîtres de gauche, des jaloux de droite et des mannequins qui, telles les pies ne sont attirées que par ce qui a du pouvoir.
Par exemple, et pour illustrer notre propos, considérons notre travail à l’égard du directeur commercial actuellement en place au sommet de notre bel état.
A notre arrivée, le boss était au maximum de ses capacités. Il avait su gagner sa place à la sueur de son front mais ses maigres talents ne purent résister aux conséquences de ses actes. En effet, dès l’état de grâce terminé, son naturel le mit en position de devenir l'un des chefs les plus impopulaires de la cinquième République, à un niveau certes en rapport avec sa taille mais pas avec celle de son égo.
Engagé par lui pour le remettre sur les rails, nous n’avons rien négligé.
D’abord, nous avons placé à la droite de Notre Seigneur un des nôtres : Henri G., expert en discours policés, aptes à être inscrits dans l’Histoire. Malheureusement, le chef donne parfois son avis, n’utilise pas de prompteurs et, il faut l’avouer, à tendance à dire des bêtises quand il fait confiance à ses seules capacités. En particulier, nous avons très vite souhaité qu’il cesse de promettre des choses qu’il fut aisé de voir ne pas s’accomplir. Ainsi, au lieu de dire qu’il reviendrait "dans un an à Gandrange" après avoir sauvé des emplois, il aurait mieux fait de dire qu’il reviendrait un jour. De même, dire que l’on va nettoyer au karcher un quartier qui, quatre ans après, tire à la kalachnikov sur les policiers, voilà qui n’est pas très fin. Il aurait mieux fait de se maîtriser.
Dès lors, constatant l’impossibilité pour notre ami Henri G. de cadrer le plus souvent le jeune Naventureux Sécuritaire, nous avons brainstormé à mort afin de garantir à notre client les succès que son potentiel lui promettait (genre réélection à vie sans passer par la case dictature officielle). Nous sommes partis dans plusieurs directions qui, il faut bien le dire, ne furent pas systématiquement fertiles en bonnes réalisations.
Ainsi, nous avions décidé de lui adjoindre médiatiquement un humoriste, pour le rendre plus sympathique. Malheureusement, ledit humoriste, apte à remplir les stades, s’avéra catastrophique en dehors. Bondieuserie malpolie, dénonciation de complot, livre confession triste à pleurer : professionnel de l’humour, notre ami était tout sauf professionnel dans l’art subtil de la communication.
Ensuite, nous avons cherché à mettre en avant les poulains du Nabab Sacré. Mais là encore, les Frédéric L., les Alain M., les Xavier B. furent des échecs. Au style hussard du premier succéda le style fade du second et le style notable de province du troisième. Que des échecs.
C’est alors que Jacques S., un sympathisant de la confrérie des brasseurs d’air, eut une idée qui s’avéra féconde : adjoindre au Napoléon Sautillant son antithèse. Il est petit, elle est grande ; il est moc… banal, elle est sublime ; il aime l’argent, elle en a tellement depuis toujours qu’elle sait s’en détacher ; il assène, elle susurre ; il parle, elle chante (si si) ; il est monoglotte avec accent, elle est polyglotte sans accent ; il est inculte, elle sait lire ; il est divorcé, elle est séparée ; il se fait quitter, elle quitte ; il est jaloux, elle est tranquille ; il est mal habillé, elle peut porter n’importe quoi ; il est sportif du dimanche, elle a un entraîneur ; il est psychorigide, elle est transalpine.
Et là ! Paf ! Succès total ! L’art lingual devenait central grâce à elle et aujourd’hui, le Nénuphar Sacré semble plus calme, plus attentif, plus sain, plus humain. Tout ça grâce à sa moitié qui sait dire ce qu’il faut, sur le ton qu’il faut et quand il le faut. Même les petits mots d’amour ridicules, genre « chouchou » ou « mon minou » passent bien avec elle, faisant même se pâmer d’aise les lectrices de magazines intellectuels ou les mots et les choses sont essentiels (genre lettres de lectrices et bricolage).
De plus, à chaque fois que le couple royal va à l’étranger, les journalistes autochtones, qui ne sont pas forcément du genre « courbé » comme chez nous, s’attardent plus volontiers sur le langage du corps de la première dame plutôt que sur les discours de son petit ami. Bref, succès total on vous le dit !
Vive la communication haute couture,
Vive les mariages arrangés,
Vive nous !
Le C.H.I.C.H.O.N.
