Trompe-l'oeil (épisode 1)
Dépêche n°68
Date : 09/06/09
Lien : y'en a pas, on verra plus tard.
Chers païens, mécréants et autres infidèles,
Aujourd’hui, le C.H.I.C.H.O.N. (Communication Harmonieuse Incorporated Copyrught House of Nico) voudrait, pour votre bien et votre édification, vous narrer la dernière réunion en date avec notre principal client, l’Unique et Magnifique Parti du peuple. Qu’est-ce qu’on a rigolé, nous autres membres du C.H.I.C.H.O.N., c’était à se tordre !
D’abord, il faut savoir que cette réunion avait été prévue de longue date, afin que nous puissions débriefer les cadres du parti et commenter les résultats des élections. Or, en arrivant dans la salle, munis de notre analyse en 3 points, prêts à expliquer aux nouveaux élus et aux autres pourquoi il fallait faire attention à des résultats en trompe-l’œil, nous avons été accueillis de manière plutôt curieuse.
En effet, à peine avions nous franchi la porte qu’une clameur s’est élevée et que nos noms ont été scandés : « Chichon, chichon, vive les chichons !! » « Chichon, chichon, vive les chichons !!! » etc.
Les jeunes du parti, toujours prêts à faire la claque s’étaient lâchés : les carrés hermès trainaient partout ; les cravates étaient autour des fronts et un de mes collaborateurs a cru distinguer des panachés au milieu des jus de pommes au sein du buffet.
Au milieu de ces jeunes excités, Xavier B., un peu rouge sous l’effort, dansait sur un rythme endiablé, comme seul Enrico M. sait les concocter. Mais en nous voyant, le premier secrétaire s’est arrêté, à rajusté sa cravate, et est venu vers nous. Ce faisant, il a demandé le calme et s’est emparé du micro, qu’un « fils de » utilisait dans une imitation de Jean-Pierre R. imitant Johnny H. Ca sentait la transpiration et les lendemains de fête foraine.
- Mes amis, a-t-il commencé, mes amis, veuillez regagner vos places afin que nous puissions réfléchir à notre grande victoire, notre triomphe, qui est avant tout VOTRE victoire !
- Xavier, Xavier, Xavier répondit la foule.
- Merci mes amis, merci. Mais vous avez raison de crier victoire, car, sous l’égide de notre président….
- Nicolas, nicolas, nicolas ont fait les jeunes,
- Oui, c’est lui ! Donc sous son égide et celle de son premier commis…
- François, françois, françois… ont repris les excités en mocassins à cloche.
- Nous avons enfin réussi à faire gagner…
- Les truffes, les truffes, les truffes ont enchaîné les rebelles de Neuilly Auteuil Passy
Ca a fait bien rire Xavier, qui a quand même réussi à obtenir le silence.
- Et aujourd’hui, nous voudrions remercier nos amis du C.H.I.C.H.O.N. et …
- Du chichon, du chichon, du chichon, ont continué les fatigants
- Et, je disais, leur souhaiter le meilleur, car ils ont bien rempli leur rôle. Car aujourd’hui, mes amis, la preuve est faite que nous pouvons gagner les bras dans le dos et les yeux bandés face aux hordes socialo-communistes qui n’arrivent même pas à dépasser les 20% !
- Ouaiaiaiaiaiaiaiaiais ! ont hurlé les fans de johnny.
A ce moment là, ils ont entamé une danse curieuse, en hurlant un refrain bizarre « Ah ah ah la queue leu leu » en s’attrapant par la taille et en faisant le tour de la salle en se dandinant tels des campeurs à Palavas les flots, un soir d’élection de miss camping.
Xavier B. est alors venu vers nous, son sourire professionnel bien accroché et a réussi à nous dire : « Bon, les spins doctors, vous pouvez remballer votre débriefing et nous laisser faire la fête. Grace à mon génie, le parti a gagné des élections alors que depuis 30 ans, aucun parti au pouvoir ne l’avait fait. Vous êtes gentils, vous comprenez que nous n’avons aucun besoin de vous et vous vous eclipsez discrètement. Le boss va venir et je pense que ce ne sera pas pour vous écouter. On a prévu un karaoké Gérard Lenorman pour lui faire une surprise et vous faîtes tâche dans le tableau. On vous enverra votre chèque. So long, les spins ! »
Nous nous sommes regardés, nous nous sommes compris et nous avons fait demi-tour. Ne jamais contrarier le client est un de nos principes, surtout quand il est certain qu’il fera appel de nouveau à nous. Ca nous permet en plus d’augmenter les tarifs. En fait on rigolait bien de voir comment la situation tournait.
Nous avons refermé la porte alors que les joyeux entamaient la danse des canards et nous sommes repartis vers nos limousines, quand nous avons croisé le Boss et son escorte (une compagnie de CRS).
- C’est déjà fini ? nous a-t-il dit.
- Non, cher client, j’ai répondu (en tant que boss du Chichon il n’y a que moi qui peut parler à sa majesté), Xavier B. vient de nous congédier avant même que nous ne puissions commencer.
- Queouaaaah ! a-t-il répondu. Et pour quel motif ?
- Motif de victoire, votre grandeur.
- Ah le con, ah le con ! J’en étais sûr, il a la tête qui enfle, c’est ça ? Il pense qu’il n’a plus besoin de vous !
- C’est effectivement le cas, votre seigneurie.
- Venez avec moi.
Et nous avons fait demi-tour, à la suite du Nabab Sacré.
Il est rentré violemment dans la salle, laissant une demi-compagnie de CRS filtrer les entrées, et s’est dirigé vers le micro. Malheureusement, passant derrière les fauteuils situés sur l’estrade, il était quasiment invisible et ses supporters ne l’ont pas vu s’approcher. Ces derniers ont donc été très surpris lorsqu’ils ont entendu hurler dans le micro :
- Qu’est-ce que c’est que ce bordel ! Nom de moi-même, mais qu’est-ce que vous faites, tas de dégénérés !
Ca a cassé l’ambiance tout de suite et, instantanément, tout le monde s’est assis. Les cravates se sont rajustées, les jupes se sont lissées et sont redescendues à des hauteurs plus dignes de leur rang, les mèches se sont repeignées et j’ai même vu quelques gros bras emmener de force aux toilettes ceux qui avaient abusé du panaché. Xavier B. a baissé la tête et s’est glissé près de son maître en disant « C’est vrai ils exagèrent, maître. Ce n’est pas moi qui les ai incité à tout ça, c’est Jean-françois C. »
- Il est là, l’avocat ? a demandé le Nénuphar Sacré.
- Non, il vient de partir, seigneur.
- Je me le ferai plus tard. En attendant, assieds-toi et ferme-là.
- Oui maître.
Alors, le Nirvanesque Saumon nous a demandé de s’installer autour de lui. Il a posé son micro et nous a serré la main à tous, un par un, en exprimant suffisamment fort un merci que toute la salle a entendu. J’étais aux anges car je savais que le fonctionnement du courtisan lui ordonnant de faire tout ce que le maître a fait, nos contrats en vue des élections régionales allaient être fort nombreux. Tant que nous ne serions pas en disgrâce, nous étions officiellement des chouchous. Xavier B. réalisait son erreur et lui, je savais qu’il nous en voudrait à mort. Mais ça ne me gênait pas, je n’aime pas les assureurs.
Le Nabab Sacré est alors monté sur le piédestal installé à son intention, pour dominer la salle et a entamé un discours à l’usage de ses supporters. Ce discours étant relativement long, je le reprendrai in extenso dans la prochaine dépêche. Sachez seulement qu’à la fin d’icelui, l’ambiance n’était plus tout à fait la même et que Xavier B. eut un seul commentaire, un "Pardon maître" qui me fait rire encore.
Vive la politique électoraliste,
Vive les oeillères,
Et vive le journalisme de flaque d'eau !
Le C.H.I.C.H.O.N.