Trompe-l'oeil (épisode 2)
Dépêche n°69
Date : 13/06/09
Lien : on verra plus tard.
Voici donc les meilleurs moments de ce discours, prouvant la capacité de Notre Savant à la réflexion stratégique et son incapacité à l’éloquence distinguée et à supporter le panaché.
- Allez, asseyez-vous, magnez-vous, j’ai pas que ça à faire ! commença-t-il,
- Nicolas, Nicolas, Nic… enchaînèrent quelques trublions boutonneux, placés près du buffet.
- Oh ça va la claque ! Je vais les distribuer si vous ne vous taisez pas rapidement ! Je sais bien que l’heure n’est pas si grave mais il serait bon d’arrêter de croire qu’il n’y a plus rien à faire !
Devant l’ire présidentielle, les derniers rebelles se calmèrent.
- Bon, puisque certains, dit-il en regardant Xavier B. qui s’enfonça dans son siège en rougissant de plus belle, pensent être les organisateurs de cette « victoire », je vais être obligé de mettre les points sur les i. Et je ferai ça rapidement ! Si vous êtes à ce niveau, c’est grâce à moi. Point barre. C’est compris ?
Personne ne répondant, il reprit :
- Bon, maintenant que c’est clair, je vais vous présenter l’analyse en trois points préparée par le C.H.I.C.H.O.N. que « certains » (même regard appuyé dans la direction de Xavier B., maintenant de la couleur d’un homard après un bain dans une marmite) pensaient pouvoir ignorer. Mais d’abord, j’ai soif, apportez-moi du jus de pomme.
Xavier B. se précipita vers le buffet, distribua quelques claques à ceux qui osaient le priver du droit de servir son maître, et apporta rapidement un jus de pomme pour lequel je fus surpris de voir apparaître un faux col. L’émotion qui l’étreignait l’avait fait confondre jus de pomme et panaché.
Le Nénuphar Sacré en but une gorgée, sembla l’apprécier, ce qui fit venir aux lèvres de Xavier B. un sourire béat – l’espoir du pardon de son maître – et reprit :
- Le premier point, c’est évidemment la défaite des socialo-communiss. Certes, c’est une raclée, une branlée, une tripotée, une….
- Dégelée ? osa Patrick D., assis silencieusement dans son coin.
- … oui une dégelée mon bon Patrick, répondit le chef.
Patrick D. regarda alors Xavier B. avec un sourire derrière lequel une forêt de sarcasmes se dissimulait difficilement. Xavier, lui, semblait considérer l’idée du seppuku, le suicide rituel nippon avec sympathie.
- Bref, le genre de défaite qui peut entraîner vers l’abîme ou vers les sommets.
La surprise se lisant dans la plupart des regards de l’assistance, le Nabab Sacré eut une moue de mécontentement.
- Mais oui, bande de ramollis du souvenir ! Rappelez-vous, l’époque où ce jeune dirigeant politique brillant mais incompris faisait 12% aux européennes ! Rappelez-vous les sarcasmes issus de ce PS à 29% et de son propre camp ! Rappelez-vous son exil volontaire pour fuir les quolibets et les poignards de ses « amis », prompts à le sacrifier sur l’autel d’une carrière ministérielle !
- Mais de qui parle-t-il ? chuchota Roselyne B. à sa voisine Michelle A-M.
- J’imagine que c’est de lui répondit la flamboyante passonaria des gendarmes, magnifiquement habillée d’un treillis en véritable poil de djeuns de banlieue.
Le Nirvanesque Saumon reprit :
- Oui, rappelez-vous tout ça même si certains parmi vous se trouvaient dans cette cohorte de spadassassins !
Les regards échangés par différents cadres du parti furent, en cet instant, très clairs. Nombreux étaient ceux qui, en parcourant l’assistance, essayaient de trouver celui ou celle qui aurait eu une conduite moins glorieuse que la sienne propre. Chacun mesurait l’ampleur des ses mauvais choix passés à l’échelle de celle des autres. Même les plus jeunes s’inquiétaient et se demandaient si leurs mentors respectifs avaient fait partie du « bon camp », celui du leader éternel, malheureusement très dépeuplé à l’époque. En l’occurrence, Patrick D. était aux anges. Relégué dans son ministère de la Relance, une bonne blague en ces temps de crise, il était stigmatisé par ses « amis » depuis les déroutes successives aux régionales et aux municipales. Mais il avait l’immense avantage, en cette heure dédiée au souvenir de l’exil du chef, de se voir paré du titre d’ « historique », rare parmi les rares à ne l’avoir pas abandonné quand tout semblait perdu. On vit donc des jeunes un peu plus vifs que les autres lui adresser des signes de la main, histoire de faire un pari sur l’avenir. Patrick D. les ignora, savourant la débâcle de Xavier B., vilipendé en public pour son incapacité à comprendre la situation, tout en ayant l’immense malheur de n’avoir pas existé politiquement quand le Nénuphar Sacré était dans les choux, en 1999.
- Bref, nul ne peut dire maintenant que dans 3 ans, à l’heure de ma réélection, n’apparaîtra pas un leader de gauche capable de rassembler ce vaste puzzle délirant qui la constitue aujourd’hui ! D’ailleurs, à l’heure où les plus jeunes d’entre vous pensaient encore seulement à convaincre leurs pères de leur acheter un poney où à leurs angoisses pour savoir si Marie-Ernestine et ses appâts étaient compatibles avec leurs professions de foi à Saint Nicolas du Chardonnay, l’ancêtre de notre parti, le Rassemblement Populaire et Ringard, était entouré sur sa droite par Alain M. et Philippe de V., le fou du puy, et sur sa gauche, déjà, par les successeurs de Valéry G.E., la grande andouille du Puy de Dôme. Nous allions de petites victoires en grandes défaites et on nous surnommait la « Droite la plus conne du monde ! ».
L’assemblée était maintenant totalement coite. Cette leçon d’histoire politique semblait, ô surprise, les intéresser.
- Or, ne voyez-vous pas la situation du Parti de Solférino aujourd’hui ? A sa gauche, une constellation de partis se réclamant d’autant de tendances qu’il existe de leaders et à sa droite, un centre délirant mené par un ambitieux incontrôlable. Il suffirait que l’un d’entre eux ait un charisme supérieur à celui d’une moule pour qu’une union, contre nature mais électoralement vivable, voit le jour ! Et alors, là, il serait bon de refaire les comptes, non ?
Une sorte d’angoisse diffuse se propageait lentement. Comme après un match de l’équipe de France de l’ère post-Zidane, quand on avait compris que les lendemains seraient annonciateurs de Raymond D. ou de spectacles plus dignes de Waterloo que d’Austerlitz.
Le Neuneu Supervitaminé termina son jus de pomme à la bière et en redemanda un autre avant de continuer :
- Dès lors, j’estime qu’il serait stupide de prendre le pari qu’il est impossible qu’un semblable ennemi apparaisse. Donc, quand je vous vois danser sur cette prétendue victoire, ça m’énerve ! D’autant que je fais déjà tout le boulot !
Certains essayèrent d’applaudir mais un regard noir du Nestor Simplex les calma complètement.
- A votre avis, qu’est-ce que l’ouverture ? Une lubie ? Un amusement ? Une politique ? Mais non, bande de truffes, c’est une tactique ! Comme je sais que ceux d’en face sont comme vous, à savoir prêts à vendre père et mère pour un poste ministériel, je les engage sur la voie de la trahison et donc sur la voie de la division de leur camp !
Curieusement, Eric B., le supporter le plus fervent du Numéro Star, sembla à ce moment là peu à son aise. Roselyne B., par contre, semblait comprendre quelque chose. Elle s’en confia à sa voisine :
- Ahhh, c’est pour ça qu’il m’a mis Bernard L. dans les pattes !
La générale la regarda et se contenta de sourire.
- Et là l’ouverture, elle a du plomb dans l’aile ! Vous croyez peut-être que je vais confier quoi que ce soit à un type qui lançait des pavés en 1968, à l’heure où nous étions au bord de la dictapur, euh, de la dicpatur, euh, non, de la chienlit communisss ? Hein, avec qui que je vais me la faire, l’ouvertunauture, maintenant que les écololorouges sont à 16% ? Hein avec qui ? Avec Eva la pasjolie ? Celle qui veut tous nous foutre en taule, enfin surtout vous ? Avec le josé B., que j’ai moi-même foutu en taule si souvent ? Ahhhh, mais vous conscientisationner le problème, tas de boul… euh tas de pantoufmes… euh… j’ai encore soif c’est dingue !
Xavier B., qui connaissait son chef, s’aperçut soudain qu’il avait fait une tragique méprise. Ce n’était pas du jus de pomme qu’il lui avait apporté ! Le Nénuphar Sacré devenait de plus en plus rouge et, visiblement, avait de plus en plus de mal à articuler. Mais comment lui remplacer son verre par du jus de pomme véritable ? Et comment ne pas se faire accuser de crime de lèse-majesté ? Torturé par ses pensées, il eut soudain une brusque envie de se faire tout petit et se précipita aux toilettes, conscient que son malaise risquait de lui porter aux intestins.
- Non, je dis non ! Le Nénuphar Sacré tapait sur le lutrin supportant le micro tel un syndicaliste découvrant le résultat de négociations salariales. Il n’est pas question que j’autorise cette rouquine à lunettes à s’asseoir au sein du conseil des ministres ! Che sais quil ne veut pas, mais même si elle voulait, che foudrai pas !
Et bong, le lutrin tomba, assassiné par le dernier coup violent porté par le présidentiel bras. Le Nénuphar manqua de tomber mais son garde du corps personnel le rattrapa in extrémis.
Ce fut la panique mais Notre Seigneur se redressa brusquement et, conscient de ses limites, il demanda à Frédéric L., son porte-parole, de continuer son discours. Il s’agissait pour lui d’aborder le point numéro 2 : l’état du Parti à l’heure de cette victoire inquiétante.
Nous en reparlerons plus tard…
Vive les mélanges
Vive les analystes politiques
Et vive les sagagas !