Secret Story : Veni Vidi Vomi !
Dépêche HS n°2.
Je n'ai pas trop envie de parler poltique ces jours-ci. Donc parlons d'autre chose.
Pendant mes vacances en métropole, je n’ai pu échapper au phénomène télévisuel de l’été : secret story.
J’en avais entendu parler mais là, j’ai vu. Et ben, vini vidi, vomi, si j’ose dire. En effet, ce n’est pas tant la pauvreté des échanges ou l’étalage de rien qui m’a soulevé le cœur, mais plutôt le rôle donné aux téléspectateurs par les producteurs et les diffuseurs de cette émission, celui de voyeur.
Si le voyeurisme est une perversion, alors elle doit être bigrement rémunératrice pour ses promoteurs, car ils n’hésitent pas à mettre le paquet.
Et je ne parle pas ici de seins, de fesses ou du reste. Je parle du sentiment de honte qui vous assaille quand vous assistez à une scène que vous ne devriez pas voir : un couple qui se fait ses adieux, l’une devant sortir alors que l’autre reste ; un couple qui se déchire, l’une apprenant devant tout le monde que sont « chéri » la largue ; une discussion entre deux amis qui ont cru « se trahir » l’un l’autre. Bref, le téléspectateur est invité dans ces cas-là à pénétrer une intimité qui ne le regarde pas.
Plus encore, l’animateur de cette émission, semble prendre un malin plaisir à commenter ces moments, invitant les téléspectateurs à s’apitoyer, s’indigner, se gausser ou simplement s’étonner de ce que peuvent se dire deux personnes en tête-à-tête. Le même animateur, pourchassé par les paparazzis, doit penser que c’est bien le tour des autres d’être épiés dans leur intimité.
Et si je n’ai pas vu plus de cette émission, je lis maintenant avec curiosité ce qu’en disent les journaux afin de voir jusqu’où la logique d’un tel programme peut aller.
J’ai ainsi constaté que les journaux font leur beurre tout comme la chaîne qui programme cette saleté. C’est à qui colportera les ragots les plus salaces, qui rapportera les propos les plus stupides tenus « dans la maison », qui essaiera de déterminer l’impact du phénomène, etc. Personne pour stigmatiser une chaîne qui encourage plusieurs millions de personnes tous les jours à se vautrer dans leurs bas instincts.
A la radio, c’est pareil. On remarque le bel été de la chaîne, qui retrouve des spectateurs, on commente les parts de marché, on invite les concepteurs du cloaque et si l’on ose une critique, c’est pour dire « c’est scénarisé ! » ou « qu’ils sont bêtes vos candidats ! ».
Au surplus, comme si cela ne suffisait pas, l’argument selon lequel critiquer l’émission reviendrait à insulter les téléspectateurs semble avalisé par le plus grand nombre. « Ces jeunes sont le reflet de leur génération » donc il n’est pas admissible de dire que cette émission est nulle. D’abord parce qu’en le faisant, vous insultez les jeunes ; ensuite parce le nombre de connexions internet sur le site de l’émission étant monstrueux et le succès n’étant pas discutable, critiquer équivaut à se poser en juge des téléspectateurs, en sorte de père-la-morale dépassé, qui ne comprend rien à rien.
Jamais on ne critique l’émission pour ce qu’elle est : une intrusion dans la vie privée ; une sollicitation des bas instincts, une normalisation d’une conduite perverse, le voyeurisme.
Certes, les participants sont liés par contrat. Certes, ils peuvent quitter la maison quand ils le veulent. Et alors ? Ce ne sont pas des acteurs qui travaillent ! Faut-il tout excuser de la part de la production, simplement en raison de l’existence d’un cadre juridique ? Faut-il tout montrer, simplement parce qu’on s’en est donné le droit ?
Les personnes ne sont pas des objets. On ne peut pas les manipuler comme bon nous semble, simplement parce qu’un contrat existe.
Et si je veux bien admettre que ces jeunes sont le reflet d’une génération, après tout pourquoi pas, cela m’inquiète. Par contre, je ne peux admettre que cette émission soit qualifiée de succès. Pour moi, c’est un véritable échec de la télévision : la preuve que cet outil de communication doit être manié avec précaution.
Brûlez votre télé, c’est un conseil. Moi, je m’en suis débarrassé il y a longtemps et ce que j’ai vu cet été m’a montré que j’avais eu raison de le faire.
Vive le business du malheur,
Vive la télé à la poubelle,
Vive les vacances